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Je vous invite à pénétrer dans le mystère de Pâques à partir de trois personnes,
Pierre, Jean et Marie-Madeleine :
Mais je crois que pour bien comprendre les évènements nous devons mettre en lien l’Évangile de cette nuit et celui de demain matin.
Une mise en parallèle des évangiles, et même au-delà de ceux qui sont lus en ce jour, peut nous donner une juste chronologie.
Tout d’abord arrivent au tombeau les femmes avec Marie-Madeleine afin de rendre les derniers honneurs au corps de Jésus.
L’Évangile de saint Luc de cette nuit souligne qu’elles trouvent le tombeau vide et que des anges leur annoncent la résurrection.
L’Évangile de cette nuit souligne que les femmes sont chargées d’annoncer la résurrection du Christ aux onze Apôtres.
L’Évangile de saint Jean souligne que Marie-Madeleine part seule annoncer la résurrection aux Apôtres.
L’Évangile du jour de Pâques manifeste la découverte du tombeau vide par Pierre et Jean avec cette belle parole concernant Jean : « Il vit et il crut ».

Il semble certain que Marie-Madeleine retourne au tombeau et rencontre Jésus.
Aussi je vous invite ce soir à tourner notre regard vers Marie Madeleine et demain vers Pierre et Jean.

Comme vous le savez il y a trois Marie-Madeleine distinctes :
D’une manière courante aujourd’hui, celle-ci n’est ni Marie, la sœur de Marthe et Lazare, ni la pècheresse pardonnée.
Celle-ci était peut être une malade guérie par Jésus sans voir pour autant une possédée tel que nous l’entendons aujourd’hui.
L’Évangile nous affirme que c’est à elle en premier que Jésus est apparu le matin de Pâques.
Nos frères orthodoxes affirment qu’elle est l’Apôtre des Apôtres dans la mesure où c’est elle qui est chargée d’annoncer aux onze Apôtres et aux disciples que Jésus était ressuscité.
Cela n’est-il pas étrange dans un monde où les femmes n’avaient pas la place qu’elles ont heureusement aujourd’hui !
Mais quelle est donc l’expérience de Marie-Madeleine ?
Et pourquoi est-elle la première à rencontrer le Ressuscité ?
Car Pierre et Jean ont accédé à la foi pascale uniquement par la vision du tombeau vide.
Arrêtons-nous sur le passage, non lu cette année mais bien connu, à savoir la rencontre de Jésus et Marie-Madeleine car ce qu’elle a vécu a son importance pour nous aujourd’hui :
La quête première de cette femme est d’aller voir un cadavre pour lui prodiguer des rites funéraires. Elle est tellement dans le désir de trouver le cadavre de son Seigneur que la vision des deux anges ne lui provoque ni trouble ni réaction au fond d’elle-même. Elle ne les voit pas, de même qu’elle ne voit pas que l’homme debout devant elle dans le Jardin est Jésus lui-même. Celui-ci n’est plus un cadavre mais est dans la réalité d’un corps ressuscité qui désormais échappe à nos critères de l’espace et du temps. Cette cécité intérieure lui donne la peur que cet homme qui lui apparait a fait le rapt du corps de Jésus : « si c’est toi qui l’a emporté, dis-moi ou tu l’as déposé et moi j’irai le prendre. »Jn 20, 18 Elle le reconnait à sa voix
L’Évangile nous dit que deux fois elle se retourne :
• Le premier retournement est un mouvement spatial
• Le second est le mouvement de la conversion de l’âme
Parce que Jésus l’appelle par son nom, elle quitte l’endurcissement de son cœur.
Nous pouvons même aller plus loin car cette conversion est unique !
Ce n’est pas un cadavre qui retrouve la vie, c’est Jésus qui se manifeste dans l’état nouveau d’un corps qui est pour toujours vivant. Et certains vont encore plus loin car certains biblistes affirment que la recherche de Marie-Madeleine a peut-être en arrière fond le cantique des cantiques Ct. 3, 4 :
« J’ai cherché celui que mon cœur aime. Je l’ai cherché mais ne l’ai point trouvé » et quelques versets après « J’ai trouvé celui que mon cœur aime, je l’ai saisi. ».
Mais Jésus ne veut pas qu’elle le touche. Ce verset difficile semble affirmer que la montée auprès du Père marquerait la fin du bref délai pendant lequel ont lieu les apparitions pascales, et si Jésus ne veut pas qu’elle le touche c’est aussi parce que le mode de relation entre eux deux s’avère modifié.
La présence mutuelle ne se réalisera plus par la proximité sensible mais par le Saint Esprit.
Comme vous avez pu le remarquer Jésus ne dit plus : « Femme pourquoi pleures-tu » mais l’appelle : « Marie »
Instantanément l’intimité brisée par la mort est renouée, alors Marie reconnait Jésus vivant.
Marie exprime spontanément l’émotion de la présence retrouvée mais aussi sa foi en cet Homme.
C’est-à-dire que la résurrection du Christ est un acte historique, réel, mais qui nécessite la foi.
Jésus n’est pas apparu aux grands prêtres ni à ses bourreaux !
Mais à ceux et celles qui avaient cru en lui durant sa vie terrestre !
Faisons la même expérience :
Jésus nous dit que nous sommes ses amis,
Jésus ressuscité est le même que celui de son existence terrestre, mais son corps ressuscité ne connait plus l’espace et le temps, et il est ainsi celui qui se donne, présent à ceux et celles qui sont dans son Royaume, comme ceux et celles, c’est-à-dire nous, qui vivons sur cette terre.
• L’expérience terrestre est l’expérience du tombeau vide, à savoir l’expérience par la foi.
• L’expérience céleste est déjà l’expérience de la prière et de la communion sacramentelle au Corps eucharistique de Jésus.
Vivons l’ultime béatitude : « Heureux ceux qui croient sans avoir vu ».

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