> Archives > Homélies de Noël > Homélie de la veille de Noël le 24 décembre

La première lecture, extraite du Second livre de Samuel (7, 1-16), nous montre le roi David « installé dans sa maison, à Jérusalem ». Et, depuis son palais, David s’interroge : lui habite dans une maison en dur, tandis que l’arche de YHWH, signe de la présence de Dieu au milieu de son peuple, n’est abrité que par une simple tente de toile. Le roi David s’adresse donc au prophète Nathan : « Regarde ! J’habite dans une maison de cèdres, et l’arche de Dieu habite sous la tente ! » David souhaite donner le meilleur à Dieu et lui construire une demeure digne de lui. Mais il ne réalise pas que c’est là une manière de vouloir enfermer Dieu, de le tenir reclus, « en résidence surveillée » en quelques sortes. Nous aussi nous souhaitons donner le meilleur à Dieu selon nos vues. Mais acceptons-nous de recevoir de Dieu ce qu’Il veut nous donner pour notre bien, selon ses vues à Lui ?
C’est en cela que consiste le péché de David : il veut abaisser Dieu à lui, alors que justement, si Dieu vient nous rejoindre, c’est pour nous élever jusqu’à lui et nous diviniser. On retrouve ici la même apostasie qu’avec l’épisode du veau d’or dans le désert, au temps de Moïse. Le peuple, ne supportant plus que Dieu soit invisible, lointain, mystérieux, l’avait fait descendre dans le tangible et l’avais abaissé à son niveau en façonnant la statue d’un veau pour l’adorer. Un tel culte ne servait donc plus à élever l’homme vers Dieu mais à abaisser Dieu au niveau de l’humain, à rendre Dieu accessible n’importe où, n’importe quand. En apparence, l’homme adore Dieu, en réalité il le manipule et se place au-dessus de lui.
Dieu s’insurge et s’oppose à un tel projet de David, et il le fait savoir : « Cette nuit-là, la parole du Seigneur fut adressée à Nathan : “Va dire à mon serviteur David : Ainsi parle le Seigneur : Est-ce toi qui me bâtiras une maison pour que j’y habite ?” » Sous-entendu, comment vas-tu me limiter, me restreindre alors que justement je suis sans limites. Le Dieu d’Israël n’est pas une divinité attachée à un lieu, comme c’était courant dans le monde païen : il y avait le dieu de telle montagne, de tel arbre, de telle source, de telle région… ; et chaque clan avait son dieu. Non, le Dieu d’Israël est le Dieu unique, c’est un Dieu pérégrinant qui choisit de rejoindre l’homme dans son histoire et dans sa longue marche. Pas davantage, il est possible de tenir Dieu reclus dans un ciel lointain, à distance des hommes. Pour nous, Dieu s’est fait Emmanuel, c’est-à-dire « Dieu avec nous » !
À Noël, Celui qui est infini et éternel, qui ne connaît pas de limites, s’autolimite, se fait petit pour entrer dans l’espace et le temps, et par-là nous diviniser. Et lorsqu’il entre dans l’espace et le temps de sa création, Dieu en adopte les lois. D’où sa naissance dans le ventre d’une femme : Marie. L’utérus d’une mère, c’est le lieu même où s’opère le passage du néant à l’existence. Si Marie fut pour Dieu, la porte d’entrée dans l’espace et le temps ; Jésus-Christ est pour nous la porte d’entrée dans la vie divine, cette vie éternelle qui ne connaît pas de limites. Mais pour cela il nous faudra nous détacher de l’espace et du temps, d’où le passage par la mort corporel. « Dieu s’est fait homme pour que l’homme devienne Dieu », commentait saint Athanase aux premiers temps de l’Eglise : cette transformation, cette divinisation commence dès aujourd’hui. Chaque fois que nous communions au corps et au sang du Christ, Dieu vient faire corps avec nous, et nous prend déjà avec Lui dans le Ciel.

P. Jean-François Meuriot, mep
24 décembre 2012

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