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- Pierre et « le disciple que Jésus aimait » courent tous deux ensembles. En Pierre, c’est le chef de l’Eglise naissante et donc l’autorité, le ministère apostolique, que nous voyons. Dans l’autre disciple – « celui que Jésus aimait », comme aime à le répéter le 4e évangile – nous voyons l’amour. Nous pouvons donc paraphraser cet évangile et dire que le ministère et l’amour courent ensemble : ils vont de pair, avancent côte à côte, ont besoin l’un de l’autre. Il nous est dit cependant que l’autre disciple courut plus vite que Pierre et arriva le premier au sépulcre. Il se penche et comprend tout de suite – l’amour est vif à saisir ce qui se passe – mais il laisse celui qui a hérité de l’autorité apostolique rentrer le premier dans le tombeau et authentifier ainsi ce que viennent de leur rapporter les femmes abasourdies à propos de la résurrection de Jésus.

Le théologien Hans Urs von Balthasar a écrit un très beau commentaire de ce passage que je vous livre en guise de méditation :

« Tous deux courent, tous deux aussi vite que possible, mais dans l’Eglise l’amour court toujours plus vite que le ministère. Il aperçoit plus vite ce qu’il faut faire, il s’engage toujours avec générosité. Le ministère, même quand il déploie sa plus grande rapidité, ne peut rattraper l’amour. Le ministère a la charge de tous, il doit si possible les emmener tous, tenir compte de tous, procéder aussi uniformément que possible. Il ne peut pas aller au Seigneur seulement avec ceux qui se hâtent le plus, il doit se soucier du troupeau entier qui lui a été confié, de tous ceux qui sont lents et tièdes. L’amour consiste dans la générosité ; c’est en cela qu’il est le plus rapide. Il se donne sans réfléchir, il veut ce qui est à sa portée et ce qui ne l’est pas, puisqu’il veut tout. Le ministère doit vérifier, se rendre compte du chemin parcouru, pour mieux faire les pas suivants. L’amour est personnel, il n’a qu’à se soucier de soi… Mais l’amour n’est pas un fou courant de manière insensée. Car tous deux courent ensemble. L’amour reste en contact avec le ministère et à sa disposition, mais c’est tout de même lui qui l’entraîne. »

Le ministère a besoin de l’amour ; et l’amour a besoin, lui aussi, du ministère. Sans amour, nos paroisses et nos communautés ne seront que des organisations comme tant d’autres, qui risquent très rapidement de se vider de leur dynamisme et de leur vie. Sans amour nos décisions pastorales risquent de n’être que des stratégies. Sans amour, nos messes ne seront qu’un rituel sec et vide de sens. Mais à l’inverse, l’amour évangélique, s’il n’est pas canalisé par le ministère apostolique, risque d’être mal employé, de ne pas servir à tous, de ne pas déployer toute son efficacité et toute sa vie.

P. Jean-François Meuriot, mep
27 décembre 2012

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