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À peine Jésus est-il né au monde qu’il est pourchassé… on veut le tuer ! L’Amour n’est pas aimé !
Le paradoxe, c’est que Jésus, dont le nom signifie « Dieu sauve », est justement celui qui doit être sauvé. Le Christ est tellement fragile dans sa peau de nouveau-né, et sa vie est menacée à un point tel que son nom n’est même pas prononcé dans l’évangile d’aujourd’hui : « Joseph se leva donc ; dans la nuit, il prit l’enfant et sa mère et se retira en Egypte. » La fuite de nuit nous dit l’urgence du départ et la gravité de la menace. Moïse avait fuit l’Egypte et l’armée de Pharaon pour conduire son peuple vers la libération. Jésus commence sa vie en faisant le chemin inverse : il va chercher refuge en Egypte pour fuir la folie meurtrière d’Hérode. Moïse avait été sauvé des eaux, d’où le nom qu’il a avait reçu. Jésus est sauvé du massacre. Il est désigné comme le nouveau Moïse, le nouveau Libérateur de son peuple. Mais il faudra que s’écoule une trentaine d’années pour le voir à l’œuvre. Le temps de Dieu n’est pas celui des hommes… Le salut lui aussi doit venir à maturité. Il avait d’ailleurs été préparé et annoncé par la Première Alliance.
Si à Noël, Jésus nouveau-né, faible et opprimé, doit fuir en Egypte pour échapper à la colère meurtrière d’Hérode ; à Pâques, Jésus adulte sera prêt à assumer sa mission et à ne pas fuir devant la mort. Jésus, à Noël, échappe seul à la folie meurtrière d’un homme. À la passion, Jésus va seul à la mort, par la folie meurtrière des autres hommes, pour que tous soient épargnés.
Mais en faisant échapper Jésus à la folie meurtrière d’Hérode, « tous les enfants de moins de deux ans à Bethléem et dans toute la région » vont se faire massacrer. La douleur et la révolte des parents de ces innocentes victimes est compréhensible. Il peut être légitime, à vues humaines, de se dire que si Jésus avait été tué immédiatement, cela aurait au moins épargné la vie de centaines d’autres nouveau-nés. Aujourd’hui, notre mode d’expression de cette douleur terrible, c’est de dire : Mais que fait Dieu au-milieu de tout celà ? Pourquoi Dieu, que l’on dit « bon », permet-t-il tant de souffrances ? On dit de Dieu qu’il était entré dans le monde pour sauver les hommes ; or, en entrant dans le monde, c’est un grand nombre d’enfants qui doivent payer le prix pour le sauver lui ! Nous sommes face à un mystère qu’il nous est difficile d’expliquer. La manière de faire de Dieu est déroutante, parfois choquante à nos yeux.

L’évangile d’aujourd’hui esquisse cependant une réponse. Dieu n’a pas voulu la mort de ces enfants. S’il est venu nous rejoindre dans notre histoire, c’est pour nous sauver de l’intérieur. Ce qui a conduit au massacre de ces enfants, ce n’est pas Dieu lui-même, mais la folie d’un homme avide de pouvoir qui s’est mépris sur la royauté de Jésus car il se faisait une fausse image, une image trop politique du Sauveur : il voyait en Lui un concurrent qu’il lui fallait écarter à tout prix. Hérode est donc le seul responsable du massacre de ces enfants innocents. Mais ils auraient pu tout autant être massacrés pour toute autre raison, comme être les victimes collatérales d’un conflit dont nous sommes malheureusement trop souvent les témoins, ou comme ce qui s’est passé l’autre jour à Newtown aux Etats-Unis. En échappant à ce massacre, Jésus va pouvoir mener à terme son action de salut et, trente ans plus tard, faire le don de sa vie sur la croix pour le salut de tous les hommes. En plongeant dans la mort, Jésus mit un terme à cette mort en y injectant la Vie éternelle, et ressuscita par là-même toutes ces innocentes victimes que la haine meurtrière des hommes avait fauchées prématurément.

P. Jean-François Meuriot, mep
28 décembre 2012

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